Les dossiers européens  
 

 

   

Lettre ouverte à mes amis du NON de Gauche

 

L’Europe, comme la France ou le monde, n’est pas un bien ni un mal en soi. C’est un combat. Un combat entre les forces libérales qui souhaitent limiter la construction européenne à une vaste zone de libre-échange et les forces qui se battent pour l’Europe cohésion, l’Europe solidaire, l’Europe de progrès. Ce combat-là ne date pas d’hier et ne s’arrêtera pas avec le référendum du 29 mai.

C’est parce que je me sens partie prenante de ce combat contre le libéralisme, parce que j’ai beaucoup hésité avant de me prononcer pour un « OUI de raison » et parce que, à ce titre, je n’éprouve aucun mépris ni irrespect pour ceux qui prônent un « NON antilibéral » que je veux, sincèrement et franchement, affronter vos arguments.

Mais d’abord, entendons-nous sur les mots !

Je veux vous dire franchement que je ne trouve pas sérieux ou raisonnable ce que je vous entends dire sur 2 mots-clefs de la Constitution : l’un qui y est présent, la concurrence, et l’autre absent, la laïcité.

La concurrence ? Franchement, je ne suis pas un fanatique de ce concept. Mais, vraiment, dire que « la concurrence libre » et le marché « non faussé » inscrits dans le texte seraient la marque indélébile du libéralisme économique, c’est enfantin et dérisoire. D’abord parce que la concurrence et le marché sont là, en Europe, depuis 1992 avec le marché unique, ensuite parce que si on ne veut pas de la concurrence, il faut dire ce que l’on veut ! Les monopoles ? La concurrence faussée ? Cela n’a pas de sens....

La laïcité ? Le mot n’étant pas dans le traité ce serait la preuve qu’elle est abandonnée.... Enfantin et dérisoire. Vous savez sans doute que ce mot n’est présent dans les constitutions que de trois pays européens (France, Suède, Portugal) ? Savez-vous qu’il n’est pas traductible en anglais ? L’important est que notre modèle français ne soit pas mis en cause et il ne l’est pas. Le reste, les relations entre les églises et les Etats, cela regarde ceux-ci, et c’est très bien ainsi !

Votre « NON de Gauche » serait un vote de protestation sociale. Soit.

Mais la situation économique et sociale de la France est le résultat de la politique de Chirac, Raffarin et Sarkozy et non pas de l’Europe !

-   Si le chômage progresse en France, si on supprime des postes dans l’Education Nationale, si le pouvoir d’achat stagne pendant que les profits s’envolent, si nos systèmes de retraite ou de Sécurité Sociale sont mis à mal, c’est de leur faute, pas de l’Europe !

J’arrête la liste et je dis haut et fort : il n’y a donc aucune raison de faire de l’Europe la victime collatérale de la politique de ces messieurs de la droite.

C’est, d’ailleurs, une drôle de responsabilité que prennent certains d’entre vous, tenants du NON de gauche que d’exonérer la droite de ses responsabilités et de faire de l’Europe un bouc émissaire, un peu facile.

C’est sans doute pour se défendre de cette collusion objective que certains proposent : « votez NON et Chirac sera obligé de partir ».

De qui se moque-t-on ?

A-t-on jamais vu Chirac tenir compte d’un vote défavorable des Français ?

-  S’est-il démis en 97 ?
-  A-t-il tiré les leçons du vote du 2ème tour de 2002 ?
-  A-t-il tiré celles des élections régionales de 2004 ?

Si tel était le cas, cela se saurait....

J’en viens au fond pour vous interpeller sur les conséquence de votre NON : la seule victime d’un « NON » serait l’Europe cohésion, l’Europe démocratique, l’Europe sociale.

Il ne s’agit pas de menacer d’une apocalypse et d’une crise sans précédent : jouer à faire peur n’a jamais servi la démocratie.

Il s’agit de dire simplement les conséquences du NON et j’en vois surtout une qui vous concerne directement : le retour au traité de NICE ! Ce traité, s’il n’est pas modifié par celui qui est en débat, restera en vigueur !! Je ne veux pas mêler ma voix à ceux qui nous expliquaient hier que Nice était un bon traité et nous disent aujourd’hui que c’est l’horreur des horreurs. Mais nous pouvons tout de même nous entendre pour dire que le Traité de Nice est moins démocratique et moins protecteur que le nouveau !

Vous choquerai-je si je vous dis que nous portons, grosso modo, le même jugement sur cette Constitution qui ne mérite ni les excès d’honneur ni les excès d’opprobre ?

En effet, nous approuvons plutôt les titres I et II, c’est-à-dire la charte des droits fondamentaux - essentielle pour la lutte contre toutes les discriminations ! - et la démocratisation des institutions avec, notamment, le renforcement des pouvoirs des parlements nationaux et européen. A l’inverse, nous contestons le titre III sur les politiques assurément marqué du sceau du libéralisme économique.

Mais le titre III n’est pas nouveau ! Il est acquis depuis longtemps....et voter NON ne nous en débarrassera pas !

Tandis que les titres I et II sont nouveaux.... Et voter NON nous en priverait !

C’est là la contradiction majeure du NON de gauche ! Voter NON c’est renforcer l’Europe libérale que l’on dit combattre !

Prenons un seul exemple : les services publics, appelés services d’intérêt général dans la Constitution, là aussi, ne jouons pas avec les mots.

L’Europe - je l’ai dit - est un combat. Elle l’a toujours été et le sera toujours.

Dans ce combat entre l’Europe libérale et l’Europe cohésion, les services publics, reconnaissons-le, ont été malmenés au nom de la concurrence.

Dire qu’aujourd’hui les services publics seront sauvés par le traité serait presque aussi malhonnête que de dire qu’ils seraient condamnés !

NON : la vérité est que ce traité nous donne - enfin - une base juridique pour défendre les services publics, c’est-à-dire pour mener un combat essentiel que les traités précédents ne nous permettaient pas de mener.

Voter NON, ce serait, objectivement, rendre le combat pour les services publics plus difficile...

Voilà pourquoi, non pas avec des arguments d’autorité mais par la réflexion sur le contenu même du traité, j’affirme que l’Europe sociale passe par le OUI.

   
   
         
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